Face à un retard de projet contesté, la méthode d'analyse retenue conditionne autant la crédibilité du résultat que le résultat lui-même. Les deux approches les plus utilisées et reconnues (notamment par le SCL Protocol) sont la Time Impact Analysis (TIA) et la Windows Analysis. Elles ne répondent pas à la même question.
Time Impact Analysis : mesurer l'impact au moment de l'événement
La TIA est une méthode prospective : elle insère un événement perturbateur (retard de livraison, modification de conception, arrêt de chantier) dans le planning tel qu'il existait juste avant cet événement, puis mesure son impact sur la date de fin du chemin critique en recalculant le planning. L'opération est répétée pour chaque événement significatif, dans l'ordre chronologique.
Son atout : elle isole précisément la contribution de chaque événement, ce qui la rend particulièrement adaptée aux réclamations construites événement par événement. Sa limite : elle exige un planning de référence de bonne qualité à chaque étape, ce qui suppose des mises à jour régulières et fiables du planning original — une condition qui n'est pas toujours réunie sur le terrain.
Windows Analysis : comparer prévu et réalisé, période par période
La Windows Analysis découpe rétrospectivement la durée du projet en fenêtres temporelles successives (mensuelles, par exemple) et compare, pour chaque fenêtre, le planning prévisionnel en début de période avec l'avancement réellement constaté en fin de période. Le glissement du chemin critique observé dans chaque fenêtre est ensuite attribué aux causes identifiées durant cette période.
Cette méthode est plus robuste quand l'historique de mises à jour du planning est incomplet, car elle s'appuie sur des points de mesure espacés plutôt que sur un recalcul à chaque événement. Elle demande en revanche un travail d'attribution causale plus interprétatif, souvent source de désaccord entre les parties.
Le vrai critère de choix : la donnée disponible, pas la préférence
Le choix ne devrait pas se faire a priori. Il dépend de ce qui est réellement disponible : un historique complet de mises à jour périodiques du planning oriente vers la Windows Analysis ; une documentation précise et datée de chaque événement perturbateur, avec un planning de référence fiable, rend la TIA praticable. Utiliser une TIA sur des données incomplètes produit une analyse qui semble rigoureuse mais qui ne résiste pas à la contestation.
Le piège du retard concurrent
Dans les deux méthodes, la question du retard concurrent (concurrent delay) — deux causes de retard actives simultanément, l'une imputable à chaque partie — reste la plus disputée. Une analyse rigoureuse documente explicitement les périodes de concurrence plutôt que de les ignorer, car c'est souvent sur ce point précis que se joue l'issue d'une réclamation.
Une analyse de retard n'a de valeur que si elle est reproductible et traçable jusqu'aux données sources du planning. C'est ce niveau de méthode que nous appliquons sur nos missions de pilotage de projet EPC et d'analyse contractuelle.